Vidéo du match du 12/06/2010.
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Extrait d’un courrier privé concernant le Football-Schibboleth et le Schibboleth entre autres choses (n’est-il pas rare de se renverser des fleurs ?)
[...] pionnier dans la compréhension (encore vague) du jeu à trois. Je veux dire que tant que les bourges et les prol représentés s’opposaient, ça jouait à deux et donc, cela s’arrangeait. Mais vint le tiers exclus, ou plutôt revint après l’épisode de la Paix chaude, le nanar, le noir, qui fait déjouer, et donc défait cette partie. Ni les noirs, ni les bleus, ni les rouges n’ont acquis le point de vue de la totalité, mais le dérèglement du sens qu’occasionne l’intervention noire fait émerger l’éphémère apparition-disparition du vrai prol. C’est le saut qualitatif possible à ce moment du temps où la préhistoire s’apprête à passer à l’histoire. Elle reste encore bien apprêtée, mais la coquette mûrit. »
« Séduire par le jeu. « Les jeunes diplômés commencent à reprendre la main », constate Béatrice Galievski, du cabinet Favereau Consultants, témoignant ainsi de la concurrence nouvelle que se livrent les entreprises sur le marché du travail. Exister aux yeux des candidats potentiels, attirer, séduire et convaincre : ces étapes obligées du recrutement redeviennent des enjeux forts, et malheur à l’entreprise dont la notoriété est faible, ou, pire, dont la réputation et l’image laissent à désirer. Ce contexte explique l’intérêt porté par les entreprises aux pratiques de marketing, perceptible au niveau du langage et des outils mobilisés. Le langage d’abord. Exit la compétence, c’est le talent qui importe. »
Article publié le 11 Septembre 2007
Source : LE MONDE ECONOMIE »
Contribution à une définition situationniste du jeu
ON NE PEUT échapper à la confusion du vocabulaire et à la confusion pratique qui enveloppent la notion de jeu qu’en la considérant dans son mouvement. Les fonctions sociales primitives du jeu, après deux siècles de négation par une idéalisation continue de la production, ne se présentent plus que comme des survivances abâtardies, mêlées de formes inférieures qui procèdent directement des nécessités de l’organisation actuelle de cette production. En même temps, des tendances progressives du jeu apparaissent, en relation avec le développement même des forces productives.
La nouvelle phase d’affirmation du jeu semble devoir être caractérisée par la disparition de tout élément de compétition. La question de gagner ou de perdre, jusqu’à présent presque inséparable de l’activité ludique, apparaît liée à toutes les autres manifestations de la tension entre individus pour l’appropriation des biens. Le sentiment de l’importance du gain dans le jeu, qu’il s’agisse de satisfactions concrètes ou plus souvent illusoires, est le mauvais produit d’une mauvaise société. Ce sentiment est naturellement exploité par toutes les forces conservatrices qui s’en servent pour masquer la monotonie et l’atrocité des conditions de vie qu’elles imposent. Il suffit de penser à toutes les revendications détournées par le sport de compétition, qui s’impose sous sa forme moderne précisément en Grande-Bretagne avec l’essor des manufactures. Non seulement les foules s’identifient à des joueurs professionnels ou à des clubs, qui assument le même rôle mythique que les vedettes de cinéma vivant et les hommes d’État décidant à leur place ; mais encore la série infinie des résultats de ces compétitions ne laisse pas de passionner les observateurs. La participation directe à un jeu, même pris parmi ceux qui requièrent un certain exercice intellectuel, est tout aussi peu intéressante dès lors qu’il s’agit d’accepter une compétition, pour elle-même, dans le cadre de règles fixes. Rien ne montre le mépris contemporain où est tenue l’idée de jeu comme cette outrecuidante constatation qui ouvre le Bréviaire des Échecs de Tartakower : « Le jeu des Échecs est universellement reconnu comme le roi des jeux ».
L’élément de compétition devra disparaître au profit d’une conception plus réellement collective du jeu : la création commune des ambiances ludiques choisies. La distinction centrale qu’il faut dépasser, c’est celle que l’on établit entre le jeu et la vie courante, le jeu étant tenu pour une exception isolée et provisoire. « Il réalise, écrit Johan Huizinga, dans l’imperfection du monde et la confusion de la vie, une perfection temporaire et limitée ». La vie courante, conditionnée jusqu’ici par le problème des subsistances, peut être dominée rationnellement — cette possibilité est au cœur de tous les conflits de notre temps — et le jeu, rompant radicalement avec un temps et un espace ludiques bornés, doit envahir la vie entière. La perfection ne saurait être sa fin au moins dans la mesure où cette perfection signifie une construction statique opposée à la vie. Mais on peut se proposer de pousser à sa perfection la belle confusion de la vie. Le baroque, qu’Eugénio d’Ors qualifiait, pour le limiter définitivement, de « vacance de l’histoire », le baroque et l’au-delà organisé du baroque tiendront une grande place dans le règne prochain des loisirs.
Dans cette perspective historique, le jeu — l’expérimentation permanente de nouveautés ludiques — n’apparaît aucunement en dehors de l’éthique, de la question du sens de la vie. La seule réussite que l’on puisse concevoir dans le jeu c’est la réussite immédiate de son ambiance, et l’augmentation constante de ses pouvoirs. Alors même que dans sa coexistence présente avec les résidus de la phase de déclin le jeu ne peut s’affranchir complètement d’un aspect compétitif, son but doit être au moins de provoquer des conditions favorables pour vivre directement. Dans ce sens il est encore lutte et représentation : lutte pour une vie à la mesure du désir, représentation concrète d’une telle vie.
Le jeu est ressenti comme fictif du fait de son existence marginale par rapport à l’accablante réalité du travail, mais le travail des situationnistes est précisément la préparation de possibilités ludiques à venir. On peut donc être tenté de négliger l’Internationale situationniste dans la mesure où on y reconnaîtra aisément quelques aspects d’un grand jeu. « Néanmoins, dit Huizinga, nous avons déjà observé que cette notion de “seulement jouer” n’exclut nullement la possibilité de réaliser ce “seulement jouer” avec une gravité extrême… »
Internationale situationniste n°1, juin 1958 [sans doute de Guy Debord]
Vidéo du match du 12/06/2010. Dans le plus pur style de la vidéo amateur avec en plus l’inconvénient que si l’on discerne bien trois équipes sur le terrain, deux d’entre elles sont difficiles à identifier puisqu’il y a l’équipe grise et l’équipe blanche et que ce gris-là est proche de ce blanc-ci ?
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La prononciation à la brésilienne de Futebol (l’orthographe phonétique lusitanienne du mot anglais football) s’effectue en le décomposant le plus lentement possible : « fou-tchii-bôôle », comme nous le signale une correspondante zélée. L’administrateur que je suis s’interroge donc sur la possibilité d’utiliser cette formidable altération pour en faire le nom plus ou moins officiel de cet anti-sport magnifique, en étendant évidemment le suffixe « eth » qui doit se prononcer « ête ». Qu’en pensez-vous ? Du moins sous forme de surnom ?
Un administrateur
Nous avons pour l’instant organisé deux test-matchs de Football-Schibboleth et les actions commises lors du dernier temps n’obéirent pas au même scénario, ce qui est pour le moins satisfaisant au nom de la surprise ou du suspens. Notions qui sanctionnent l’intérêt manifeste que l’on peut porter à un jeu qui se tient.
Dans le match du 03/10/2009, le dernier temps fut entièrement dévolu à la remontée des deux équipes positives qui étaient largement menées au score. Celles-ci purent égaliser à 5 partout en fin de temps grâce à une alliance mémorable qui offrit aux deux gardiens positifs l’heur de voir passer des buts devant leur nez sans effectuer le moindre effort pour rattraper le ballon menaçant.
Dans le match du 12/06/2010, ce fut l’inverse. L’équipe négative se devait de parvenir à remonter au score. Ce qu’elle fit en marquant trois buts dans ce dernier temps grâce en soit au renforcement du nombre de participants négatifs. Les équipes positives songèrent alors à faire alliance pour se marquer des buts l’une l’autre, mais s’y prirent plus tardivement et parvinrent ensemble à égaliser 4 partout.
Dans ces deux parties, nous décidâmes à la volonté presque générale des joueurs d’effectuer un temps supplémentaire selon la modalité du « but en or » (la première équipe qui marque a gagné) pour départager ce beau monde.
Simplicio : – « L’équipe rouge c’était l’équipe neutre.
Sagredo : – Tu commets un lapsus : tu veux dire “l’équipe négative”.
Salviati : – J’ai bien peur, mon cher Simplicio, que tu commettes plutôt un contre-sens.
Sagredo : – Voudrais-tu dire, ami Salviati, que toutes les équipes étant impliquées par l’issue du jeu, les positives comme la négative, aucune des trois équipes ne sauraient être neutre ?
Salviati : – Demandons plutôt à Simplicio de préciser sa pensée avant que je ne vous précise la mienne.
Simplicio : – Je voulais dire que l’équipe négative était neutre parce qu’elle ne faisait le jeu d’aucune des deux équipes positives en particulier : n’étant ni pour l’une ni pour l’autre, elle est neutre.
Salviati : – Quant à moi, je dirais ceci : la seule neutralité qui existe dans le football-schibboleth, comme d’ailleurs dans le football isonomique, est représentée par le corps arbitral, qui, en principe, n’a pour fonction que de veiller à l’application des règles. Comme la Suisse pendant les guerres, (pays où d’ailleurs siègent la FIFA et traditionnellement les banques mondiales), les arbitres ne jouent pas dans le jeu. Par ailleurs, je ne dirais pas exactement qu’il existe une “équipe négative”.
Sagredo : – Je reconnais bien là ton orgueilleux goût rhétorique du paradoxe, qui te place sous la maîtrise de ton amour propre et te mène dans l’erreur. Ne te souviens-tu pas des Gardes suisses du Vatican ? Ne sais-tu pas que les Helvètes jouent au foot ?
Salviati : – Certainement mes amis. Mais puisque vous avez la gentillesse de me prévenir des errances dues à mon amour propre, acceptez qu’en retour, je veille à ce que le glissement métaphorique ne nous égare pas. Souvenez-vous que l’équipe négative n’est constituée que de joueurs anciennement positifs, lesquels ne connaissaient pas leur situation ultérieure imposée par le corps arbitral, pas plus d’ailleurs que les joueurs demeurés positifs.
Simplicio : – D’accord, Salviati, mais devenus membres d’une équipe, ne sont-ils pas forcés de jouer selon cette contrainte, dût-elle leur être imposée ?
Salviati : – Bien entendu, Simplicio, et en ce sens notre ami Sagredo a bien raison de parler d’équipe négative, mais d’un autre côté, peut-on dire que tous les joueurs soient aussi négatifs les uns que les autres si l’on compare ceux qui le sont très tôt dans la partie et inaugurent ce statut en minorité à ceux qui y sont conduits plus tardivement, et qui, après avoir âprement œuvré pour une équipe positive, rejoignent l’équipe négative lorsqu’elle devenu composée d’un nombre de joueur tendanciellement égal à celui des équipes positives ?
Sagredo : – Mon cher Salviati, où veux-tu en venir avec cette présentation graduelle de ce que tu me reproches et me loues tour à tour de nommer “l’équipe négative” ? Veux-tu dire qu’il n’y a d’équipe négative que selon un certain degré ?
Salviati : – Pas exactement, Sagredo, je t’avoue même, nonobstant ma réputation d’orgueilleux, que je ne sais pas exactement comment définir l’association de joueurs négatifs qu’on appelle “équipe”. C’est pourquoi je voudrais que nous fussions assez rompus à la dialectique pour caractériser les conséquences de la nature de cet être.


Simplicio : – Quelle surprise, mon cher Salviati ! Deviendrais-tu aristotélicien au point de définir un être selon sa nature, à la manière de la différence spécifique dont parlait mon maître, le philosophe grec ?
Salviati : – Ta joie, hélas, mon cher Simplicio, sera éphémère. Je désirais seulement que nous comprenions ceci : à la différence des équipes positives, les joueurs négatifs n’ont pas de but à défendre. Peut-être même est-ce une loi plus générale : le but du négatif n’est pas à défendre.
Sagredo : – Ne disais-tu pas l’autre jour, Salviati, que le but était la forme immédiate de l’utopie ?
Simplicio : – Permets-moi de remarquer, Salviati, que ton passage de la proposition : “les joueurs négatifs n’ont pas de but à défendre” à celle-ci “le but du négatif n’est pas à défendre” est tout à fait rhétorique.
Salviati : – Que vous me connaissez bien mes amis ! Toi, Sagredo, qui a bien compris où je voulais en venir, comme toi, Simplicio, qui a bien vu que mon arme logique était spécieuse. Mais si je ne vous prouve pas encore que j’ai raison, est-ce que vous même me prouvez que j’ai tort, puisque au football-schibboleth, contrairement au football à trois d’Asger Jorn, la règle veut que l’équipe composée des joueurs négatifs n’a pas de but à défendre ? »
PA
(Du gr. « iso » égal, et « nomos » règles ou loi)
Tous les jeux, y compris le rite électoral démocratique, fonctionnent selon le principe de l’isonomie. Autrement dit, dans les jeux, la loi est censé s’appliquer également à tous les participants. Mais plus précisément encore, les compétiteurs, les adversaires disposent au commencement du jeu d’un rapport de force neutralisé, ces forces étant potentiellement égales au préalable, toute l’habileté du joueur ou du compétiteur consiste à affaiblir celles de son ou de ses adversaires relativement aux siennes. Lorsque le jeu est constitué de telle manière que cette égalité préalable est asymétrique, les pratiques ludiques compensent cet écart par un règlement spécifique. Comme si, en deçà de la légalité ludique, veillait une sorte de moralité coutumière entre les joueurs pour que le principe isonomique soit respecté.

Ainsi par exemple, pour compenser l’avantage « du trait », celui de commencer, on octroie 5 points et demi ou 6 points et demi au joueur de go qui manipule les pierres noires et on alterne les pièces noires et les blanches aux échecs, ainsi au football, un but marqué sur le terrain de l’adversaire vaut-il plus que celui marqué « à domicile », ainsi on égalise les temps de parole entre les candidats politiques et on suppose que l’opinion de chaque votant est égale à celle de n’importe quel autre citoyen, en dépit de leurs différences de lucidité relatives et de l’inégalité de leurs états de soumission, etc. Bien entendu, ces règles qu’on pourrait appeler « de calage isonomique » sont parfois tournées, mais elles sont toujours discutées, même hypocritement, dans le sens de la justification du principe isonomique. Et lorsqu’elles ne sont pas appliquées ou lorsqu’elles sont tournées, le jeu perd son sens, on parle de triche, le scandale du dopage est de cet ordre chez les sportifs, il concerne beaucoup moins la santé des corps en présence, puisqu’on ne les considère que comme joueurs compétitifs.


L’habileté du joueur ou du compétiteur est réputée ressortir de la stratégie et les séquences appliquées unes à unes pour gagner relèveraient de la tactique. Nous sommes habitués ainsi à emprunter au registre de la guerre dans notre exercice de la logique ludique. Mais bien que cet emprunt s’avère fonctionnel, il n’en est pas pour autant pertinent. C’est à tort que nous jouons comme si nous faisions la guerre, car celle-ci, qu’elle soit militaire, économique ou sociale, ne fonctionne jamais selon le principe isonomique. Les forces en belligérance ne sont jamais égales, elles sont même le plus souvent qualitativement incommensurables, elles diffèrent non seulement en nombre, mais elles ne disposent jamais d’armes capables des mêmes effets. Qu’on pense seulement aux affrontements sur des barricades ou à la Charge de la brigade légère pour s’en convaincre. Il faut toute la naïveté des droits-de-l’hommistes pour espérer les applications des accords de Genève et toute la « moraline » des citoyens en paix pour déplorer l’emploi d’armes interdites.



Or, comme la guerre, le schibboleth ne respecte pas le principe isonomique. Son réalisme délibéré l’en empêche. Et cette rupture avec le principe ludique habituel s’effectue par la présence du joueur négatif. En ce sens, le schibboleth n’est pas un jeu. Ou plus exactement, il est un anti-jeu, comme il y eut des antéchrists, car il a tout l’air d’un jeu isonomique, normal, jusqu’à l’apparition perturbatrice du joueur négatif, lequel non seulement tire ses forces, mais naît, des défaites relatives des joueurs positifs. Les joueurs positifs sont isonomes, ils sont assujettis aux mêmes règles et disposent des mêmes forces en même nombre : leurs potentiels relatifs sont égaux. Mais leurs contradictions génèrent l’apparition d’une force d’un autre type qui abat l’illusion isonomique. Pour compenser cette inégalité, et en jouer, ils doivent alors composer d’autres rapports de force en les regroupant partiellement ou totalement, c’est alors qu’une autre partie commence, et cette partie n’est plus du jeu. Elle est l’expérience de ce en quoi nous sommes incommensurables.
Le schibboleth est anti-démocratique, non point dans le sens où il voudrait l’assujettissement de tous à une même puissance, au contraire, il est anti-démocratique dans le sens où, laissant se manifester l’instabilité réelle des rapports de force que la démocratie formelle dissimule sous sa déclaration régulatrice d’isonomie formelle, il permet la présentation de leur devenir. L’apparition des joueurs négatifs ou de l’équipe négative, constitués de la transformation de leur état positif antérieur, n’est rien moins, dans la situation d’un jeu, (lequel implique le respect de toutes autres règles) que la présentation manifeste des contradictions induites par l’égalité seulement formelle. En ce sens, il est à la fois l’avènement de la démocratie réelle, le dévoilement de son instabilité et la manifestation du caractère désirant de la démocratie réelle. Le fait que chacun expérimente cette désillusion collective génère des relations immédiates entre les joueurs dont le partenariat n’est possiblement pas définitif. Cela casse les rapports de fidélité envers le maillot et précipite une réflexion collective où la beauté du jeu dépasse les volontés compétitives de telle manière que bien souvent, les joueurs doivent contredire leurs intérêts provisoires pour jouer tout autrement la partie. Il arrive même parfois que les réflexions soient si manifestes, et non jalousement cachées comme dans les jeux isonomiques où la stratégie latente ne s’exprime qu’au moment propice décidé par l’équipe, qu’un joueur défasse de sa propre autorité l’alliance consentie entre deux équipes dont la sienne. S’il le fait au bon moment, en général vers la fin du match, lorsque l’identité des trois équipes est complètement ou à peu près définitive, c’est qu’il s’agit d’un très bon joueur de schibboleth.


Le contexte ludique instable prouve ainsi que les relations immédiates sont plus vivantes que celles qui ressortissent de la soumission, même identique. Il faut avoir joué au schibboleth pour avoir expérimenté les rires et les colères générés par la dépossession de ses propres forces et la déstabilisation incessante des rapports de force et pour avoir, en croyant jouer, mis en jeu son ego, ce qui ne se fait jamais ni dans le silence de l’isoloir ni par l’abandon de sa volonté dans une urne, et l’avoir mis en jeu aussi bien en tapant dans le ballon que par son comportement et son langage . On peut bien appeler cela une vraie démocratie, celle où s’exercent des paroles ouvertes suivies d’actes conséquents ou de trahisons immédiatement visibles, s’il on y tient, – et encore ne tiendrions-nous alors plus qu’au mot, puisque le « démos » n’a exercé que trop rarement la « cratie », au contraire c’est au nom du collectif abstrait, c’est-à-dire omis, baptisé « peuple » que ce pouvoir s’exerce à l’endroit de chacun. Il faut alors savoir ce que cette abstraction contredit. Le schibboleth est démocratique dans la mesure où il n’en est pas fétichiste.


PA